25 mai 2011
Terre d'origine
Le thème de cette toile est l'origine.
L'origine de quoi au juste. L'origine de tout sans doute, l'origine de l'homme peut-être.
Au loin, le tam tam vibrant d'un battement de coeur. Le son profond ressenti par la matrice de la vie.
La terre est ôcre, terre de sienne, terre brûlée, terres d'ombre. L'horizon se précipite vers le lointain . L'étendue de la terre coule vers des immensités mystérieuses. Le ciel galope au dessus de la tête, occupant ses troupeaux de pensées et de songes. L'origine, la pulsation de la vie, la pulsion du temps qui charrie ses zèbres et ses éléphants. Terre immense, gavée de soleil et d'étendues multiples, port d' attache de l'arche de Noé. L'origine de la note noire , l'irruption de la note blanche qui dans sa douleur d'être séparée, enfanta le blues . Le blues des demis tons, des bémols,des notes ravalées, des silences. Douleur, souffrance, fierté, identité.
Et le corps qui appartient en totalité à la beauté de cette terre danse jusqu'à la transe et jusqu'à l'épuisement Origine du feu, forces des fleuves en cascades qui plongent dans des forêts tout aussi tumultueuses en se relevant parés de milliers d'arc en ciel. Origine de la vie, de la mort. Origine de tout. Ancestralité. Totem. Rythme. Animisme. Envoutements.
Coton, batik, femmes, villages, lien, cruches d'eau. Danse de la cueillete, de la moisson, de la récolte.
Terre d'Afrique qui n'est plus. Souillée, bafouée, transposée,vendue, mille fois reniée, mille fois désirée. Terre de mort, de violence, de déploiements, terre de combats ineptes, terre du dégout.
Dans son appartement, au dixième étage du HLM , elle tendait son linge sur son balcon.
Un batik aux teintes de terre d'Afrique battait sous le vent sale du bord de la 4voie. Les bruits de moteurs, de rugissement de l'acier qui frotte et grince et hulule dans celui glacé des nuits fades et sans contours des tours montaient jusqu'à elle. Elle n'en avait que faire ce jour là. Elle sentait la voix des femmes chanter à son oreille et la couleur du batik faire resplendir la nuit d'acier. Elle regarda le ciel et se sentit à nouveau entourée de ses ancêtres, de ces femmes qui l'encourageaient à rester belle à rester digne, à rester fière. Dans le silence qui se fit, cette nuit là, elle se sentit au coeur de sa vie et se sentit sereine et forte.
08 mai 2011
survol année 2010 2011
La fin d'année 2010 a été une occasion de faire un travail sur la mémoire, et surprise, j'y ai découvert le sens du mot "pérennité" l
En regardant les photos de ma fille, j'ai songé à cette chanson interprétée par Reggiani: "Votre fille a vingt ans, Madame" et j'ai songé à quel point il y avait quelque chose de permanent dans la jeunesse.Je sentais bien poindre la nostalgie! Un grand spécialiste des arbres disait que l'arbre conserve à tout moment le souvenir de son enfance. Alors que nous, les humains, non. Nous ne sommes plus de la même essence en vieillissant.
J'ai commencé à dessiner. De mémoire, comme d'habitude, car c'est dans celle -ci associée à celle de mon coeur, que j'y connais le plus de choses.
Au bout d'un certain temps, j'ai ressenti quelque chose de plus diffus. Non seulement, je contenais ma fille en moi mais , et là, je le découvrais, j'étais en elle, dans ce qu'il y a de plus insaisissable et qui se transmet d'un être à l'autre. Je sentais venir en même temps une sorte de dédoublement, car je ne suis pas elle !
C'est une évidence, nos enfants prennent le même chemin que nous, s'accoudent de la même façon à une table de café, éprouvent les mêmes sentiments de joie, de reception à ce qui les environne, d'émotion.
Je pensais à cela du haut de mon âge,avec un temps révolu. J'étais la même et je n'était plus la même.
Je me suis fait la réflexion de l'imposture de mon regard en croyant qu'en m'appropriant la jeunesse de ma fille et en la remettant dans un contexte passé, j'y supperposerai la mienne.
En fait, je comprenais que je cherchais par le biais du passé à comprendre les caractéristiques de notre présent." Qui suis-je, mais aussi, de quoi suis-je faite? Et par conséquent, quelle lecture vais-je avoir de ce présent, et comment puis-je agir sur celui-ci?
C'est l'idée et uniquement l'idée que j'ai de ma jeunesse qui me revenait. Je faisais une découverte! Celle de la vacuîté. Celle de notre permanence.
Alors j'ai fait ce travail suivant qui consistait à dessiner une jeune femme sur le fond de "mon passé" , avec les émotions que celui -ci suscitait.
Les teintes en étaient douces et un peu désuettes.
La lumière s'accrochait et les premiers rayons du soleil faisaient tourbillonner les pollens.
Le paysage, angevin, se posait comme un sédiment,de strates en strates, posant les couleurs de mon passé.
Elles s'inscrivaient, toute en impressions, laissant l'empreinte du temps se graver doucement.
Ce travail d'archéologue me fit dire que le passé était révolu. Le passé n'existe pas. A moins qu'il ne porte le nom de nostalgie. Encore une fois, dans ma vie de peintre, cette même évidence d'agacement. Nous courons tous après notre passé ou après quelque chose qui n'est plus.
Alors je me suis posée comme une tâche rouge. Cette tâche rouge correspond à la nbotion d'applat très étudiée aujourd'hui en arts plastiques. Les applats. Les matières vives, nettes "propres". les matériaux modernes en oppositions aux surfaces riches et nuancées de la rouille. C'est de cette modernité dont j'ai voulu m'emparer et vous montrer.
Ce changement sur fond de strates
Surtout je n'ai pas voulu copier quoi que ce soit
Angers, symboliquement est compréhensible: son coeur élevé, sa haute cathédrale, ses deux flèches dont une presque toujours en travaux, les eaux alors assez glauques des bords de Maine, il y avait des rats, des poissons crevés, des péniches encore, ses quais.
Et puis, il y avait la jeunesse. Avec toutes ses promesses. j'ai pensé à l'extraordinaire force de vie donnée par la découverte des livres et de la littérature.
Une soif inexpugnable de lire.
Celle qui était en train de dévorer ma fille m'avait dévoré moi. Je mesurais le chemin entre elle et moi dans cet instant précis, celui où je la croquais de mémoire, cherchant en elle une vérité absolue intemporelle, universelle. Elle représentait toutes les jeunes femmes du monde au devant de leur passion dans l'expression de mon présent à moi. Elle représentait la pérénité
Sur le fond voilé d'un bord de Loire aux fortes odeurs de vase et de poisson desséché, les arbres jonchés de sacs plastiques et d'immondices laissés par les crues et les décrues, une porte battant aux vents, qui s'ouvre, comme dans un film de Sergio Léone, sur le silence du passé.









